(ch. 2)

“Non mais c’est insensé, tout de même ! Ça ne va donc pas cesser, cette avalanche de vols ?

— Je suis d’accord avec vous, cher M. de la Marnière, ces frics-fracs répétés, ces bijoux dérobés, c’est insupportable ! Mais que fait la police ?

— La police, elle patauge, comme trop souvent ! On en a hélas pris l’habitude !

— Je voudrais vous y voir, mon cher De Razac ! C’est tellement facile, du fond de votre fauteuil, de vous gausser du travail difficile des troupes si dévouées du Préfet Lépine !

— J’aurais dû me douter que notre vaillant Émile Delabédollière défendrait la police ! Ce n’est pas le sabre et le goupillon, pour une fois, mais le sabre et le bâton blanc ! La police parisienne, je préfèrerais qu’elle fût efficace plutôt que dévouée !...

— Cela dit, force est de reconnaître que leur tâche n’est pas simple : personne n’a jamais rien vu, jamais rien entendu, on ne découvre l’effraction que le matin... Cette discrétion absolue est plus qu’étrange, non ?

— Eh bien Messieurs ? Je vous trouve à la fois bien sérieux et bien exaltés !

— C’est que nous parlions, chère Hermance, du mystérieux voleur qui défraie la chronique depuis quelques jours... Peut-on connaître votre avis de femme éclairée sur ce nouveau Robin des Bois ?

— Bien que le compliment soit apprécié, croyez-le bien, cher Émile, je ne vous donnerai pas mon avis de “femme éclairée”, mais celui d’une femme en qui sommeille toujours, ne riez pas, un cœur de midinette : ce voleur est bien galant, et fort amoureux, certainement ! Car je ne doute pas que l’objet de ses larcins ne soit destiné à celle qui fait battre son cœur ! Et elle a bien de la chance, cette séductrice, de voir un homme prendre de tels risques pour ses beaux yeux... Hé oui... Tous les hommes ne restent pas à disserter dans des fauteuils profonds...

— Vous ne serez donc jamais sérieuse, Hermance ?

— Avec vous, Messieurs, aucune chance !...”

* * *

Comment était-il arrivé en ce lieu confiné ? Pourquoi devait-il se terrer de la sorte ? Pourquoi les choses s’étaient-elles passées si vite ? Elle était si loin, sa vie d’avant, et pourtant si proche encore... Était-il possible qu’il ait ainsi tout abandonné, tout jeté aux orties, tout risqué, pour une voix dans la nuit, pour quelques notes ? Comment maintenant faire machine arrière ? On devait l’attendre au Club Pythagore... Trop tard ! Il n’y serait pas ! Serait-il jamais où il avait été avant, d’ailleurs ? Le pourrait-il, après cela ?

Comment se sortir de ce qui n’était même pas un piège, puisqu’il s’y était jeté de son plein gré, pour une voix dans la nuit, pour quelques notes...

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